samedi 11 février 2012

A) Cités utopiques dans la littérature

  L'idée utopique est très présente dans la littérature, elle est à la fois un genre à part entière et également traitée dans l'ensemble des genres littéraires. L'utopie littéraire présente en générale une cité utopique, volontairement indéfinie dans le temps et dans l'espace, où tout ne serait qu'harmonie et bonheur entre les habitants. Nous étudierons ces utopies de fiction à travers trois œuvres littéraires, toutes écrites à des périodes différentes et dans des genres spécifiques. Après que Platon ait inventé le concept de l'utopie avec La Republique au IIIème siècle, Thomas More, dans son oeuvre majeure Utopia donne un nom à ce concept. Ecrite en 1516, elle est l'idée précurseur de l'idée de l'utopie même. Elle décrit une île au nom éponyme, complètement inventée et se situant dans l'hémisphère sud. La deuxième de ces œuvres portera sur l'Eldorado, présenté dans le roman Candide de Voltaire, en 1759, cité utopique enfouie dans le "Nouveau Monde", où l'or est en abondance. Enfin, nous étudierons l'Ile aux esclaves, pièce de théâtre de Marivaux qui a été publiée en 1725. L'intrigue se déroule donc dans l'île imaginaire qu'est l'île aux esclaves et dans laquelle la relation maître-valet est inversé afin que chacun rectifie ses travers.

  Utopia est une satire de la société représentant un mode de vie alternatif dans un lieu qui n'existe pas, où son auteur tente de faire renaître les hommes à leur véritable nature. Il a pour vocation de supprimer les vices de l'homme avec des règles précises. La propriété privée et la monnaie sont abolies, les habitants se vêtissent de la même façon et changent de domiciles tous les 10 ans, celui-ci est déterminé par tirage au sort afin d'être attribuer démocratiquement, ainsi, il n'existe plus ni riches ni pauvres, tous les utopiens sont à égalité. Pour rester sur ce même principe chacun travaille 6h par jour (des magistrats élus veillent à ce que le travail soit régulier), le reste du temps peut être consacré à l'étude et à restaurer la rectitude et la pureté données par Dieu. De même, les enfants reçoivent une instruction que ce soit les garçons comme les filles, la vie familiale et collective est omniprésente dans la cité. Cependant, l'égalité des individus passe par des restrictions de certaines libertés. En effet, ne serait-ce que pour se déplacer sur l'île il faut une autorisation. De plus, les femmes sont soumises à leurs maris, les enfants aux parents et les plus jeunes aux aînés, l'esclavage existe mais n'est pas héréditaire, il est la sanction d'un crime, les individus n'ont donc pas tous la même valeur. Les malades et les vieillards sont pris en charge par la collectivité (sauf s'ils sont euthanasiés avec leur consentement). Les amours clandestins et adultères sont punis par la loi et considérés comme des crimes alors que les plaisirs droits et honnêtes sont encouragés. Les utopiens sont donc pieux et les mœurs sont surveillées par des prêtres. Les habitants ne font pas la guerre, ils paient des mercenaires pour leur protection.
  L'auteur critique la société du XVIème siècle qui, selon lui, n'est pas assez encadrée, les mœurs religieuses ne sont pas assez respectées et les hommes ne vivent pas assez solitaire les uns avec les autres. Par l'utilisation du roman, il nous donne un aspect assez descriptif de l'île et ainsi retranscrit précisément son idée.


  La seconde utopie littéraire que nous étudierons est l'Eldorado, présente dans l’œuvre célèbre de Voltaire : Candide. Dans les chapitres 17 et 18, Voltaire nous présente la cité utopique que découvre Candide et Cacambo, lorsqu'ils sont perdus dans le "Nouveau Monde". Ils errent depuis déjà plusieurs jours dans l'immense territoire qu'est l'Amérique, quand, par hasard, ils découvrent l'Eldorado. De ce fait cette cité rejoint l'utopie, qui, par son origine, est un lieu indéfini, qui n'est jamais situé précisément. C'est le cas de l'Eldorado, caché aux yeux des Hommes, qui ignorent sa véritable existence. Lorsqu'ils arrivent dans la cité, ils sont éblouis par la multitude de joyaux recouvrant le sol et étonnés du désintérêt des habitants pour ce qui leur apparaît comme une richesse incommensurable. Effectivement, la préciosité du sol ainsi que de l'ensemble de leur cité leur apparaît aux résidents comme d'une grande banalité. Ce qui, dans le monde ou vit Candide, apporte richesse et pouvoir, est ici utilisé comme simples matériaux pour construire leurs habitations "bâties comme des palais d'Europe" et pour se vêtir avec des "draps d'or". Ainsi cette fortune est considéré comme dérisoire : les enfants s'amusent avec un palet en or. L'étonnement des deux arrivants est accentué par la gratuité de ces biens et montre la générosité dont font preuve les habitants : à leur arrivée les autochtones leur offrent toit et couvert en montrant une sympathie et une honnêteté naturelle. La société se présente comme une abondance du plaisir des sens. On le retrouve par la stimulation de ces cinq derniers : plaisir de l'ouïe avec une "musique très agréable"; plaisir olfactif avec des "odeurs délicieuses"; plaisir gustatif lors des repas avec des "ragoûts exquis" et des "pâtisseries délicieuses"; ainsi que le plaisir visuel avec une beauté présente dans le paysages autant que chez les habitants, et leurs créations fait dans "un espèce de cristal de roche". La connivence entre les habitants et les voyageurs dans le ravissement des sens accentue un bonheur collectif. En effet, dans cette société les habitants sont véritablement heureux et aiment montrer leur bonheur. Les autochtones manifestent un grand savoir vivre par une politesse, une honnêteté et une générosité exemplaire. Il y a un parfaite équilibre dans cet Eldorado où l'on compte autant de filles que de garçons ce qui apporte une stabilité à cette société. Ici, suivant l'idée de l'utopie, même la nature (dans la génétique) apporte son aide pour l'obtention d'une perfection irréalisable.
  Candide étant un conte philosophique, il a donc pour but de transmettre des idées à portée philosophique. On peut considérer que, dans cette partie de l’œuvre, Voltaire, en critiquant la société, tente de communiquer le concept de l'utopie.


L'île des esclaves de Marivaux, est notre dernière étude d’œuvre d'utopie littéraire. Dans cette pièce de théâtre, deux personnages, Iphicrate, et son valet Arlequin, font naufrage sur une île particulière. En effet, c'est l'île des Esclaves, créée il y a plusieurs centaines d'années par des esclaves révoltés. La vie sur cette île est inversée, en premier lieu ils échangent de rôle : le maître devient valet et vice et versa. Trivelin, dirigeant de l'île, leur énonce les règles de l'île. Comme seconde étape les deux personnages doivent dépeindre à l'autre la vision qu'il porte sur lui, portrait qui se doit d'être la dénonciation des aspects négatifs de la personne : « Il est nécessaire que vous m’en donniez un portrait, qui se doit faire devant la personne qu’on peint, afin qu’elle se connaisse, qu’elle rougisse de ses ridicules, si elle en a, et qu’elle se corrige. » Il s’agit de rectifier l’orgueil et la barbarie des maîtres en leur inculquant une leçon plutôt que de se venger. Ce changement de situation permet aux protagonistes de se rendre compte de la vie de leurs esclaves, et d'envisager le monde différemment. En effet, Iphicrate, devenu le valet, comprend alors la souffrance qu'Arlequin a enduré, et s'en repentira. De son côté, Arlequin comprendra certains des reproches qui lui sont faits comme celui d'abusé de l'alcool, ou celui d'avoir intérieurement envie d'être à la place du maître, il pardonnera donc à Iphicrate ses mauvais traitements. A la fin de la pièce, les rôles sont de nouveau inversés, mais chacun a pris conscience de la position de l'autre.
  Le message que Marivaux a voulut faire passer dans son œuvre est la profondeur de l'aliénation sociale, et de la perversion du système maître-valet. La position de maître, donne un pouvoir sur des individus et la possibilité d'exercer son autorité comme bon lui semble, ce pouvoir étant à sa portée, les vices propres à l'homme le pousse vers la fatalité de l'utiliser à mauvais escient. De même, la position de valet incite l'individu à se soumettre à l'autorité, à respecter les choix de son maître et ne pas le remettre en question. Seuls quelques personnes ont la capacité à résister à ce conditionnement. Effectivement, seule une minorité de maîtres vont naturellement traiter leurs esclaves comme des hommes et les considérer comme leur égal. Pareillement, les valets à avoir la capacité de résister à l'aliénation, à pouvoir remettre en question l'autorité restent minoritaires.L'indétermination de l'emplacement de l'île nous rappelle déjà à l'idée utopique et le choix de l'île comme lieu n'est pas sans faire écho à l'Utopia de Thomas More. Cependant, l'aspect véritablement utopique de l’œuvre de Marivaux est bien dans son contenu. En effet, l'idée même de vouloir échanger les rôles dans la société semble totalement irréalisable. Cela permettrait à des petites gens d'accéder à un niveau de vie nettement supérieur et d'obtenir un titre beaucoup reconnu dans la société.Cependant, Marivaux démontre aussi que le rang social n'a pas tant d'importance, en rétrogradant les maîtres au rang de valets. Les maîtres découvrent l'importance du rôle du valet, et sont ainsi sensés arrêter de les dénigrer. Marivaux se joue de l'échelle sociale, et prouve que tout le monde a sa valeur propre, et que les moins puissants valent autant que ceux de la classe dirigeante. La mise en scène théâtrale apporte une dimension comique à la pièce évitant la scandale de ce concept révolutionnaire.

  L'utopie de fiction littéraire, a pour vocation de tenter de corriger les défauts de l'Homme afin d'améliorer la société dans son fonctionnement. On constate ici que la nature humaine décrite dans les trois œuvres présentent des hommes foncièrement bon ou en devenir. Ces œuvres littéraires bien que d'un genre différent manifestent toute cette volonté de faire évoluer l'humanité en transformant les hommes eux-mêmes. On peut alors se demander si ces utopies seraient réalisables dans la réalité car il est difficile d'imaginer les hommes se détacher de l'envie de fortune, de leur titre leur accordant des privilèges ou bien oublier leur qualité d'individu en acceptant des règles régissant toute leur vie.

vendredi 10 février 2012

I. A. pour sator.


petit paragraphe pour t'aider dans ta lourde tache sator, ça peut faire l'objet de ta troisième partie si tu veux. bonne chance ! 

La véritable différence entre l'utopie de fiction, qui n'est qu'un simple rêve, et celles qui se sont véritablement dévelopées c'est l'idée, cette fois-ci, que les sociétés idéales sont mises à la portée des Hommes et à leurs capacités, au reflet de leurs faiblesses. Les utopies véritablement irréalisables sont celles le bien et la pureté absolue rentre en compte, puisque l'Homme, par nature, est imparfait . La où les véritables utopies sont passées du rêve à la réalité c'est la ou le créateur et tout les utopistes ont décidés de créer une société parfaite, non pas en fonction des dieux ou simplement de puissances extérieurs mais à l'image de l'Homme et de toutes ses entraves. C'est aussi pour cela que beaucoup d'entre elles ont finis par échouer ou se sont transformées en régime totalitaire. C'est parce que le désir d'un seul homme ou d'un groupe restreint de personne ne peut convenir à tout le monde, puisque les Hommes sont tous différents les uns des autres. Une utopie doit essayer de regrouper au possible toutes les attentes humaines sur un pied d'égalité, sans pour autant supprimer les libertés qui peuvent sembler insignifiantes pour certains et capitales pour d'autres. Sans quoi, l'utopie sombrerait très vite dans la dictature ou le régime totalitaire. Une utopie vouée à l'échec est une utopie qui souhaite des choses sur lesquelles l'Homme n'a pas de réelle prise, comme les sentiments tel que la douleur, la peur etc. ou encore les conflits et la jalousie. L'Homme a toujours et aura toujours une part d'égoïsme ou d'autre concept qu'il ne peut totalement faire disparaître sans perdre une part de lui-même, soit de liberté. Ces utopies la sont irréalisables et ne doivent s'appuyer que sur des défauts de la société humaine existante qui pourrait disparaître par un simple changement d'organisation et de partage.

jeudi 9 février 2012

Pour le III


(Intro?) Citation de Denis Langlois dans L'Utopie est morte ! Vive l'utopie ! : "Quelle serait l'efficacité d'une utopie? Certainement pas sa réalisation, puisqu'elle ne peut se réaliser. Une bonne utopie est une utopie qui demeure une utopie, un songe." En effet, réaliser une utopie paraît contradictoire et pourtant nous avons pu constater qu'il existait (blablabla...). Cependant il a fallu tenir compte de l'altérité de chaque individu, et leur aboutissement n'est pas toujours celui prévu initialement (blablabla...)



II) fini


II_ De l'idée utopique à la réalité

 Nous étudierons le passage de l'idée utopique à la réalité par le biais de 4 études de cas portant sur 4 communautés différentes, basées sur des idées utopiques totalement hétéroclites à travers leur concrétisation, leur fonctionnement et enfin les raisons des échecs de certaines de ces communautés. Ces quatre communautés ont fonctionné à différentes époques et dans différents pays. Icarie fut une communauté plus éphémère que les autres, et ne fonctionna que de 1847 à 1856, en Amérique. Le familistère de Guise pour sa part fut actif de 1887 à 1968 dans le nord de la France. Auroville, basée en Inde, a été inaugurée en février 1968 et la communauté est toujours en activité aujourd'hui. La Rainbow familly, quant à elle, est une communauté radicalement différente, sans localisation précise et est active depuis les années 1960. Certaines de ces communautés sont basées sur des œuvres littéraires mais ne remplissent pas tous les critères inscrits dans les livres. Nous allons étudier cette barrière qui sépare la littérature de la réalité à travers différents points, dans lesquels nous reprendrons les déficiences de ces réalisations, dues à l'impossibilité de rendre toutes les personnes habitant dans la communauté uniformes, et à l'incapacité de l'humanité de reproduire une société idéale sans abolir certaines libertés.


A) Processus de concrétisation et fonctionnement des utopies concrètes

 Le processus de concrétisation de l'utopie est un moment décisif dans la réalisation de la communauté. En effet, c'est à ce moment-là que la simple idée utopique devient une réalité. Lors de ce passage du monde de l'imaginaire à une véritable concrétisation, certains points essentiels dans une utopie peuvent être lésés. C'est la conséquence de l'imperfection de l'humanité.

  Notre première étude de cas est portée sur Icarie : Icarie est le nom donné à la communauté utopique fondée en 1847 par Etienne Cabet,   un homme politique français du 19ème siècle, socialiste. Il tente de faire percer ses idées socialistes sans grands succès et publie, en 1842, le roman Voyage en Icarie, récit utopiste d'une société idéale  fonctionnant sur des principes égalitaires et communautaires. Ayant reçu une excellente critique du public français, il continue pourtant sa lutte auprès du gouvernement pour faire triompher ses idées, mais il se fait beaucoup d'ennemis, et, raillé et rejeté par tous, il décide de quitter la France et, réunissant ses disciples, il leur exposa son désir d'aller fonder son Icarie en Amérique : "Puisqu'on nous persécute en France, puisqu'on nous refuse tout droit, toute liberté d'association, de réunion, de discussion et de propagande pacifique, allons chercher en Icarie notre dignité d'Homme, nos droits de citoyens et la liberté avec l'égalité !"
Il se décide alors à concrétiser dans la réalité cette simple idée utopique à partir de la doctrine établie dans son roman,  et qui va se heurter à de nombreux obstacles, ignorés alors dans la fiction. Cette réalisation sera longue et pénible mais perdurera pendant quelques années, avant de s'effondrer en 1856, pour divers problèmes que la réalité, contrairement à la fiction, ne pouvait effacer.

  Notre deuxième étude de cas porte sur le Familistère de Guise créé, également au XIXème siècle, par Jean-Baptiste André Godin, un grand industriel et philanthrope français. Il est fondé en 1858 sur le modèle établi préalablement par Charles Fourier, grand utopiste socialiste et humaniste du XIXe siècle, qui le nomma Phalanstère. L'idée originelle du Phalanstère est la création d'une cité-usine idéale, où les ouvriers peuvent lier le travail et le loisir sans sortir de la cité, vivant en parfaite harmonie avec leur famille. Le point fort de cette idée étant que malgré la grande part d’aménagement pour rendre la vie des ouvriers simple et agréable, ce fonctionnement permet de garder un certain contrôle sur eux, de les surveiller dans une certaine mesure. Godin réalisa son familistère dans le but d'en faire une cité vraiment idéale pour les ouvriers, travaillant dans son usine et qui regroupe toute l'organisation nécessaire au fonctionnement de son infrastructure et surtout d'une cité autonome. Pour Godin, la dimension de contrôle sur les ouvriers n'est pas d'une importance capitale, il a vraiment tenté de créer une communauté idéale et non un endroit uniquement efficace pour son commerce. Le système utopiste cessa de fonctionner après les reformes établies en 1968. Après 109 ans le familistère fut fermé mais l'usine continua de fonctionner jusqu'en 1991, où l'ensemble de l'infrastructure fut classé «monument historique ». 

  Auroville, notre troisième étude de cas naît en Inde et date de 1968. La communauté fut créée par le philosophe Indien Sri Aurobindo et sa compagne spirituelle, Mirra Alfassa, qui deviendra la Mère. Cette communauté a ses principes centrés sur le yoga et la méditation, le but étant d'accéder à la vérité de l'être et de vivre une expérience intérieure et individuelle afin de découvrir l'homme de demain qu'Aurobindo appelle l'être supra-mental. Sri Aurobindo est un philosophe qui fait partie de ces Indiens révoltés par leurs conditions de vie et c'est à cette occasion qu'il rejoint un groupe de contestataires, et agit pour obtenir l'indépendance de son pays. Ses actions révolutionnaires le conduisent en prison où il changera radicalement sa façon de penser ce qui favorisera la volonté pacifiste de la communauté d'Auroville. En 1926, Mirra Alfassa se voit confier la gestion de l'ashram créé par Sri Aurobindo (On définit le terme ashram comme un lieu où les disciples d'une communauté vivent autour d'un maître), qu'elle a rencontré à Pondichéry. Elle dirige ensuite l'ashram qu'elle termine d'organiser. C'est une Française, philosophe et reconnue pour ses écrits et son parcours de méditation. Ils partagent leur recherche spirituelle et leurs idéaux.  Elle fonde Auroville en février 1968 à quelques kilomètres de la ville et dirige cette communauté en y consacrant la fin de sa vie, jusqu'à sa mort en 1973. Une adulation particulière de la part des Aurovilliens lui est vouée, elle apparaît comme la figure emblématique de la société pacifique et spirituelle et on l'appelle la Mère. Sa mort bouleverse les membres aurovilliens, elle laisse la communauté sans protection, et la portée utopique elle-même de la cité semblait reposer sur sa fondatrice.
                                                                                                 
  La Rainbow Familly, notre dernière étude de cas, n'est pas une cité mais plutôt un nouveau mode de vie qui contrairement aux autres, n'a pas d'idée de départ précise dictée par une seule idéologie, elle est le résultat d'une prise de conscience collective regroupant des individus de toutes sexualités, ethnies et religions qui décident de suivre cette nouvelle possibilité d'envisager le monde et la vie en générale. Aux États-Unis, dans les années 1960, beaucoup de gens n'étaient plus satisfaits de la vie et de la société dans laquelle ils vivaient et ils décidèrent d'essayer un style de vie alternatif. Ils se sont rassemblés afin de vivre dans des communautés un peu partout aux États-Unis. Ces communautés avaient peu de contact les unes avec les autres mais les gens se rencontraient souvent lors de festivals de musique qui duraient parfois plusieurs jours. Très vite, ils ont réalisé qu'ils pouvaient apprendre les uns des autres car beaucoup rencontraient des problèmes que d'autres avaient déjà résolus. Certains décidèrent de se rassembler ailleurs tranquillement et paisiblement, loin du bruit et des foules, où ils pourraient parler et partager leurs expériences, échanger leurs talents et leurs savoirs. Les communautés ont commencé à prendre forme pour finalement déboucher sur une véritable communauté autogérée en 1972 : « The Rainbow Familly of Love and Living Light » de son vrai nom, qui a pour principe de vivre en marge de la société actuelle pour essayer de vivre dans un style de vie fondamentalement différent, inspiré des tribus amérindiennes, basé sur l'amour, la liberté, l'harmonie et le respect de la nature .


   Un des problèmes principaux de la réalisation d'une idée, quelle qu'elle soit, est la recherche de fonds et le rassemblement de personnes de même idéologie. Dans le cas d'Icarie, Etienne Cabet, a vulgarisé sa doctrine en organisant sa propre propagande suite à la publication de son livre en distribuant des cours publics et des brochures, réunissant des disciples désireux de suivre son idéologie et prêts, pour concrétiser leur rêve, à vendre tous leurs biens, suivant un des principes d'Icarie, l'abolition de la propriété privée ; pour réunir des fonds en suivant un modèle sectaire, et acheter une terre au Texas.

  Pour le Familistère de Guise, l'argent n'était pas le problème : Godin était un riche industriel, profondément convaincu de la véracité de l'idéologie de Fourier. Il a financé lui-même la construction de son infrastructure et n'a bénéficié d'aucune aide  extérieure. Le Familistère fut donc construit sans problème, avec les fonds de son créateur, et les ouvriers n'eurent aucune aide financière à fournir. Les ouvriers travaillant à l'usine bénéficièrent donc d'un nouveau logement dans un cadre familial et chaleureux. Certains ouvriers venus d'autres usines se joignirent à eux, acceptant de travailler dans l'usine de Godin pour de meilleures conditions de vie.

 Auroville, quant à elle, fut financée jusqu'en 1976, à la mort de "la Mère", par les membres de l'ashram de Sri Aurobindo. Ceux-ci avaient de nombreuses entreprises dans l'enceinte de Pondichéry, qui faisaient leur richesse, et avaient toujours été liés de près ou de loin à la fondation de la communauté. A la mort de Mira Alfassa ils se revendiquèrent alors propriétaires des terrains, et refusèrent de financer une communauté qui n'était pas la leur. Les tensions perdurèrent jusqu'en 1980 où le gouvernement indien intervint, et déclara l'indépendance d'Auroville avec l'ashram, et s'engagea à soutenir la communauté, placée sous sa protec
tion financière. Les premières personnes à rejoindre la communauté sont les membres de l'ashram d'Aurobindo, les nouveaux arrivants doivent vivre un an dans la cité et se gérer financièrement tout seul avant de devenir membre et être pris en charge par la communauté.

  La Rainbow Familly n'a pas eu de problèmes de fonds, car la nécessité de trouver de l'argent n'était pas prédominante. En effet, le but majeur de la communauté est de vivre en marge de la société capitaliste,  l'argent n'a donc aucune importance. Les membres de cette communauté rejettent toute forme pécuniaire en dehors des "Rainbow Gatherings", leur rassemblement annuel qui, se trouvant à l'échelle de l'ensemble des tribus "Rainbow Family", nécessite une collecte de fonds où chacun donne selon ses moyens dans ce qu'ils appellent le Chapeau « Magique » puisqu'il contient toujours assez d'argent pour subvenir aux besoins de l'ensemble des membres de la Famille. Toute personne ayant les mêmes volontés de mode de vie peut rejoindre une communauté Rainbow family.

  Ces différentes communautés sont basées sur différents modèles de construction.
  La cité d'Icarie est construite, tout comme la doctrine de Cabet, sur un principe d'égalité parfait ; aussi bien entre les Icariens que dans la construction et l'organisation de la cité. Extrêmement bien décrite dans le livre Voyage en Icarie, tout y est ordonné dans une harmonie parfaite, les espaces ruraux s'emboîtant dans les espaces urbains, les quartiers contenant le même nombre de bâtiments, de jardins et d'espaces publics, de maisons et d'habitants. Tous vivent au même rythme, et travaillent aux mêmes heures. En effet, l'emploi du temps des Icariens est strictement réglé, du couvre-feu aux heures des repas qui se prennent dans ce qu'ils appellent "restaurants de la République".
  Le familistère de Guise est construit comme une véritable cité dont la vie tourne autour de l'usine. L'usine est située au bord du complexe, de façon à faciliter le trajet des ouvriers. Dans le reste de la communauté, il y a des logements (pouvant abriter jusqu'à 2000 personnes), et des lieux récréatifs comme un théâtre. La vie des ouvriers est réglée comme du papier à musique, ils travaillent en semaine, et le week-end se détendent dans les différents lieux de loisirs de la cité. Les ouvriers sont rémunérés en plus de leurs logements, leur permettant ainsi de nourrir leur famille.
  L'ashram de Sri Aurobindo à Pondichéry est le lieu où tout a commencé, et il est logique qu'Auroville se soit implanté à quelques kilomètres. Avant d'être construit, le site est un désert rouge transformé aujourd'hui en une véritable forêt tropicale occupant la moitié du territoire qui encercle la cité et lui sert à la fois de poumons et de remparts. L'architecture a été imaginée par un architecte parisien. La cité a la forme d'une galaxie vue du ciel, qui se concentre sur le temple non-consacré du Martimandir, au milieu qui représente la zone de la paix et « le symbole de l'aspiration d'Auroville vers le divin ». Autour de ce temple, quatre zones s'emboîtent, la zone résidentielle avec les habitations collectives et les habitations individuelles, la zone internationale avec des pavillons de toutes les nations, la zone de communication et de loisir, et enfin la zone industrielle dans laquelle les membres de la communauté travaillent quotidiennement. La démarche de la construction est très particulière : « il ne s'agit pas de construire une cité pour la faire habiter par des hommes, mais de construire des hommes en leur faisant bâtir la cité qu'ils auront décidé d'habiter. » Le but n'est pas de construire une cité, mais des hommes nouveaux. Les membres mangent tous dans l’immense cantine à énergie solaire, mais les habitations sont très diverses.

 La Rainbow Family n'a pas de lieu précis et fixe, les communautés Rainbow s'étendent à l'échelle planétaire. En effet, la présence de la Famille arc-en-ciel est recensée sur l'ensemble des continents, on retrouve leurs tribus dans les pays suivants : Les États-Unis, le Québec, l'Acadie, la Suisse, le Royaume-Uni, la France (dans les Alpes), l'Autriche, l'Italie, l'Allemagne, la Hongrie, la Grèce, la Russie, l'Australie, au Moyen-Orient ainsi que l’Afrique du Sud. Leur mouvement s'étend donc réellement sur la surface du globe et possède un véritable impact sur notre société actuelle. Ayant pour volonté de fusionner avec la mère nature, ces différentes tribus occupent de petits villages de tipis aux multiples couleurs, semblables à leur drapeau qui veut représenter l'unité spirituelle des individus de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, c'est à dire l'acceptation et le respect de tous les êtres humains.


B) Fonctionnement d’utopies concrètes et principes fondamentaux

  Les communautés utopiques fonctionnent, avant tout, sur le respect des principes fondamentaux. Ces principes fondamentaux varient de communauté en communauté et sont à la base de l'organisation de celles-ci. En effet, sans ces principes, les communautés n'auraient pas de raisons d'être. Ces principes sont édictés par les fondateurs de ces communautés, et sont multiples.

  Icarie est fondée sur les principes établis dans le roman Voyage en Icarie par l'auteur et le fondateur de celle-ci, Etienne Cabet.  Cette société est basée sur le principe fondamental du communisme (remplacer par socialisme ? cf. correction de l’oral maillé virole). Pour être admis en tant que "bon Icarien" il suffit d'adopter pleinement le règlement établi dans l'intérêt général : être laborieux, tempérant, jouir d'une réputation irréprochable et surtout, s'engager à abandonner tous ses biens, sans rien cacher à la collectivité. 

L'argent n'existe plus au sein de la communauté, celle-ci s'engage à fournir nourriture, vêtements et logements gratuitement aux Icariens selon leurs besoins, en échange de la participation au travail collectif et au respect des règles communes. L'Etat est maître de toutes les industries et redistribue, équitablement et sans privilège, à tous les Icariens le fruit de leur labeur. 
L'éducation, le travail et les loisirs sont strictement régis par des principes moraux élevés au niveau de la religion. L'éducation est gratuite et universelle pour les deux sexes. Il n'y a aucune religion d'Etat. Les filles à l'âge de 16 ans, et les garçons à l'âge de 17 ans, reçoivent une éducation religieuse qui leur permet ensuite de choisir vers laquelle des religions ils voudront se diriger. La religion est définie en Icarie par Etienne Cabet comme "un système de morale et de philosophie qui porte les Hommes à s'aimer." 
Il existe, dans cette société, une réglementation très stricte du mode de vie et des déplacements des Icariens. Le particularisme n'est pas accepté dans la cité d'Icarie ; il serait annonciateur du retour à l'inégalité. Ainsi, le crime et la justice ne sont pas envisageables puisque tous suivent les règles dans une complète uniformité, principe fondamental de cette société idéale. Comme disait Etienne Cabet dans Voyage en Icarie "ce système ne peut donc que se reproduire à l'identique s'il ne veut se détruire". Chacun mange les mêmes produits, porte les mêmes vêtements, dort dans les mêmes lits et utilise les mêmes objets. Cette société est décrite dans le roman comme une société ayant triomphé à la fois de la nature et de ses instincts individualistes. "Chacun a sa place et son emploi dans l'atelier de l'univers". 
Mais si ces principes semblent très stricts et quelque peu restrictifs, il ne faut pas oublier avant tout que le principe icarien de cette uniformité reste une discipline volontaire, et qu'aucune personne n'est forcée de se soumettre aux règles de la communauté s'il ne le désire pas, et sera toujours libre de quitter la société utopique. 
Les principes de cette Icarie de fiction vont être utilisés lors de la réalisation concrète de la communauté d’Icarie, sans tenir compte des modes de vie de chacun et des privations auxquelles seront confrontés les Icariens dans les premiers temps de cette utopie. Cabet instaurera des règles très strictes et une uniformisation quasi monacale aux nouveaux Icariens, qui jugeront les idées de Cabet trop liberticides. Cette société ne peut compter, contrairement à celle de la littérature, que sur le volontarisme des Icariens, qui a pour chacun ses propres limites, et qui ne peuvent réfréner leur jalousie ou leur envie de particularisme.

  Le Familistère de Guise, quant à lui, fonctionne comme une usine ordinaire, avec une hiérarchie entre le directeur, ici Godin, et les différents postes des ouvriers. Cependant il n'y a pas de hiérarchie précise, seulement des rôles déterminés, et si chacun remplit son rôle la communauté fonctionne parfaitement, en revanche si un des postes faillit à sa tâche, l'ensemble de la structure, s'effondre. Dans cette usine, on retrouve le poste classique des ouvriers, simples rouages de cette industrie de poêle en fonte. On retrouve également des cadres et des fonctionnaires mais qui sont, cette fois-ci, considérés à l'égal des ouvriers, recevant le même salaire, et vivant dans les mêmes logement qu'eux. En effet, tous les habitants de cette communauté vivent dans une totale uniformité, de logements, de nourriture, et même de mode de vie. 

Le phalanstère et son organisation sont tous deux régis par le même schéma, très strict, pour assurer le bien-être de tous les ouvriers de l'usine et de leur famille. Leur journée est rythmée par le travail à l'usine pour les ouvriers, les fonctionnaires ou les cadres, qui font tous une journée de travail normale pour rentrer chez eux le soir et profiter des loisirs et de la détente proposée par les différentes installations de la cité, qui vont du théâtre à l'opéra, en passant par le cinéma et les parcs de loisirs. Il y a également des restaurants, et une cantine à l'usine. 
Les femmes sont des mères au foyer qui s'occupent des enfants en bas âge la journée, les enfants plus âgés étant à l'école. C'est un mode de vie parfaitement normal en France, quel que soit l'époque choisie. L'éducation dans le Familistère se fait dans une école construire directement dans l'infrastructure mais fonctionnant sur le même modèle que toutes les autres écoles, les professeurs habitent le Familistère et éduquent les enfants comme partout ailleurs en France.  La télévision est présente dans la communauté, exactement comme à l'extérieur, il y a également la radio, et absolument tout ce qui était à la mode à Paris par exemple. En vérité,  la seule différence avec l'extérieur est justement cette barrière de l'usine, le fait que les ouvriers vivent dans le familistère ne les coupe pas du monde, ils vivent juste en dehors. Les ouvriers ont une vie parfaitement normale, excepté le fait qu'ils vivent dans le Familistère. La religion est libre dans le Familistère, même si la plupart des ouvriers sont catholiques, une église à même été construite dans l'enceinte de l'infrastructure pour les ouvriers pratiquants.

  La communauté d'Auroville a pour volonté de créer un nouvel Homme en développant la méditation de chaque aurovillien, inspiré de la théorie de "l'être supramental" de Sri Aurobindo, qui, d'après lui, représente la continuité de l'espèce humaine dans son évolution.  Il ne considère pas l'Homme actuel comme un aboutissement satisfaisant du développement de sa conscience, mais comme une étape intermédiaire avant l'être suprême, qu'il recherche à travers l'idéologie qui est mise en pratique dans la communauté d'Auroville. Les habitants sont centrés sur la recherche personnelle qui s’opère par le biais de la méditation et du yoga, ils cherchent une réponse à la raison de leur existence sur Terre. Les règles de départ d'Auroville sont les suivantes : 
"- Auroville n'appartient à personne en particulier. Auroville appartient à toute l'Humanité dans son ensemble. Mais pour séjourner à Auroville, il faut être un fervent serviteur de la "Conscience Divine".
- Auroville sera le lieu de l'éducation perpétuelle, du progrès constant, et d'une jeunesse qui ne vieillit point.
- Auroville veut être le pont entre le passé et le futur. Profitant de toutes les découvertes extérieures et intérieures, elle veut  hardiment s'élancer vers les réalisations futures.
- Auroville sera le lieu des recherches matérielles et spirituelles pour donner un corps vivant à une Unité Humaine concrète."
Malgré l’adulation des maîtres philosophiques, il faut faire attention à ne pas confondre Auroville avec une secte ; tous les habitants sont libres dans leurs croyances et religions, et la communauté n’a aucun but lucratif. En effet, Auroville n'a pas de religion à proprement parler, le culte qu’ils vouent à la Mère et à Sri Aurobindo (à travers notamment l’abondante présence de leurs portraits au sein de la cité),  ne les empêche pas de partager différentes croyances et de croire en d'autres divinités.
En plus de la méditation et de la recherche de soi, chaque aurovillien travaille quotidiennement à l'économie de la communauté et à sa construction, et tout cela bénévolement, puisque tout le profit de leur labeur est reversé dans la caisse commune et profite à l'ensemble d’Auroville. La zone d'habitation est située à proximité de la zone de travail, où ils se rendent avec plaisir et pour le bien de la communauté, ils ne considèrent pas leur tâche comme une corvée mais comme un accomplissement de soi, profitable à chacun.
On peut noter qu’il n'y a pas de hiérarchie, même si certains habitants semblent plus riches que d'autres, par leur habitation ou par le travail qu'ils effectuent. Certains choisissent de vivre richement, en arrivant dans la communauté avec beaucoup d'argent tandis que d'autres se contentent du strict nécessaire; ainsi, ce n'est pas moins une hiérarchie qu'un choix de la part des Aurovilliens. De plus il n’y a ni loi, ni police, ni prison.
D'après la règle initiale, l'éducation se trouverait partout dans la communauté, dans la continuité des rapports entre chaque individu d'Auroville, avec la conviction que l'adulte n'a pas moins à apprendre que l'enfant, que chacun a quelque chose à apporter à l'ensemble de la communauté. Au commencement, il y avait une école spéciale, appelée "Dernière Ecole" (Last School). Sans véritable structure, elle accordait aux enfants une grande liberté. Les enfants participaient volontairement à différents stages présentant les métiers que proposait la communauté, afin qu'ils choisissent le métier qui leur plaît. Aujourd’hui une autre école a été créée qui prépare aux bacs britanniques, suivant le souhait d’un encadrement de la part des élèves eux-mêmes, et leur permettant de s’insérer dans le monde extérieur s’ils décident de quitter Auroville.
Les Aurovilliens aiment à se rassembler, que ce soit autour du temple Martimandir, symbole d'Auroville et lieu de méditation collective, ou bien le soir, au cours des veillées pour assister à des divertissements ou des débats.
 

  Enfin, la Rainbow Family a des principes qui apparaissent comme assez abstraits. Les membres de la Famille ont créé cette communauté pour vivre en marge de la société et de toutes ses contraintes et être en Harmonie et en paix avec la nature. Pour vivre en accord avec ces principes, ils mettent en place des règles de vie simples qui, malgré le fait qu'il n'y ait pas de véritable structure, permettent à la communauté de perdurer grâce à l'action constante de ses membres. 
Ils vivent en pleine nature et respectent de nombreuses traditions amérindiennes. En effet, ils s'identifient notamment à l'une de leurs anciennes prophéties qui dit que "Quand la Terre sera ravagée, que l'eau des rivières ne sera plus bonne à boire, quand les arbres se feront rares et que les animaux auront presque disparu, c'est alors qu’apparaitront les guerriers de l'Arc-en-ciel. Ils se lèveront pour protéger la Terre. Ils reformeront le cercle sacré de l'harmonie et enseigneront l'unité entre toutes les races et les religions véritables de l'humanité. Ils feront entendre leurs voix pour demander la fin des guerres et la Paix entre les peuples. Ils retourneront à la Nature qu'ils respecteront, pour y vivre de la Terre nourricière et s'y assembleront en tribus. Ils seront connus comme les guerriers de l'arc-en-ciel". 
Après la transition ayant pour objectif le retour à la nature pour vivre en marge de la société, il fut rapidement nécessaire d'instaurer des règles de bases pour rester en bonne santé et survivre dans la nature. Les décisions pour la communauté sont prises par consensus dans un cercle de parole à l'aide du bâton de parole comme dans les tribus Amérindiennes. Les membres de la Famille "officielle" vivent dans de petits villages de tipis aux couleurs de l'arc-en-ciel. Ils cultivent la terre pour se nourrir, vivant ainsi en accord avec la mère nature. Les cendres du feu sont utilisées pour le nettoyage, comme savon et aussi pour guérir les plaies. Il n'y a pas de drogues sauf celles considérées comme "douces", pas d'alcool par prévention de manque et/ou d'agression ni d'appareils électriques par souci de bruits et d'intrusions extérieures. Ils jouent seulement de la musique acoustique et orale. Deux repas par jours sont servis dans le cercle du repas, pour des raisons pratiques et par souci d'égalité. 
Tous les ans aux alentours du 4 juillet, l'ensemble des communautés Rainbow se retrouve lors de ce qu'ils appellent le "Rainbow Gathering". C'est seulement lors de ces rassemblements annuels, qu'on retrouve des éléments de la société capitaliste tels que la consommation d'alcool ou la circulation d'argent pour assurer le bon fonctionnement du rassemblement. La cuisine principale au Rassemblement serait végétarienne. Ceci a été décidé pour des raisons pratiques et économiques. La viande et ses produits dérivés coûtent cher et en raison de la présence de végétariens, il aurait fallu la préparer dans une cuisine séparée. Le savon n'est pas utilisé à moins de 5 m des points d'eau vive, pour éviter leurs pollutions. 
Les traditions et les savoirs de la Famille Rainbow sont transmis par les anciennes générations mais aussi de tribus en tribus. Il n'y a pas de structure d'éducation mais les connaissances sont transmises dans une continuité et dans un concept d'échange entre les tribus comme entre l'élève et le professeur. La Rainbow Family parvient à mettre en application ses principes avec des règles simples apportant tout de même une liberté à ses membres qui maintiennent la société par la participation de tous pour une meilleure vie en collectivité.

  Le processus de concrétisation de l'utopie passe donc forcément par une idéologie assez éloquente capable de rassembler des personnes qui adhèrent à celle-ci, parfois une recherche de fond, et la construction d'une cité ou d'un campement qui serait la représentation de cette idée. Pour être assez convaincante, cette idéologie doit passer par des principes fondamentaux, dans lesquels les individus peuvent se reconnaître et espérer une vie meilleure passant par l'élévation de l'individu lui-même.

III_ B) et C) Une réussite inspirée de la fiction

Une réussite inspirée de la fiction, l’ampleur de ces 


communautés et leur impact sur notre société

Les différentes communautés existantes à ce jour représentent l'espoir de la réussite du concept de l'utopie. Nous essaierons de comprendre l'origine de la volonté de création des communautés utopiques et en quoi le modèle de la fiction les a guidé en même temps qu'ils ont réussi à se détacher de celle-ci. Ces communautés ont une ampleur propre à chacune d'entre elles, et il en résulte donc un impact différent sur notre société ?

  Auroville et la Rainbow family sont des modèles de réussite de la création utopique. Le simple fait d'atteindre une concrétisation est une réussite en soit mais celles-ci perdurent dans le temps et semblent avoir un fonctionnement durable. L'utopie étant une idée abstraite, on peut se demander si l'idée de concrétisation ne viendrait pas d'un modèle de fiction qui aurait inspiré les fondateurs de ces deux utopies.
  Dans les deux cas de figures, on remarque que ce n'est pas véritablement le cas. En effet, les principes d'Auroville sont crées pour les aurovilliens, il ne s'agit pas de créer des règles auxquelles ils obéiraient mais de créer le nouvel homme d'un nouveau mode de vie basé sur l'homme que ce soit dans ses facultés autant que dans ses limites. La Rainbow family quant à elle s'inspire de nombreuses traditions amérindiennes mais contrairement à l'Icarie de Cabet ses principes ne se basent pas sur le respect absolu de toutes ses règles, les "rainbow warriors" ont avant tout pour vocation d'apporter de l'amour, de l'harmonie et de la paix dans un monde où  ces valeurs ne sont pas assez présentes. Les règles de leurs communautés ne semblent pas strictes mais servent plutôt de guide pour leur vie de tous les jours, elles leur laissent une grande liberté dans leurs agissements. On remarque que se sont les communautés qui ne se sont pas inspirées de la fiction et qui garde leur réflexion centrée sur l'individu et ses capacités qui perdurent dans le temps et restent actives encore aujourd'hui. Leur idéologie ne comporte pas de restriction et reste très ouverte de telle sorte qu'un grand nombre d'individus peut se reconnaître dans leurs idées et rejoindre la communauté. Lors du passage à une concrétisation utopique, comme le montre le film l'An 01, il est important que celle-ci passe par une volonté de changement collectif : soit les individus partent pour se rejoindre dans un lieu qui leur est propre ou alors il faut l'ensemble des habitants du lieu aient les mêmes convictions. Il paraît évident que pour que l'ensemble des individus de la communautés atteignent le bonheur, cette concrétisation se doit de passer par une volonté collective et ne peut donc être imposée.


  L'ampleur d'Auroville équivaut à celle de la Rainbow Family mais de manière différente. En effet, Auroville est une seule et même communauté qui contient de nombreux membres basés dans la même cité tandis que les "rainbow-warriors" constituent de petits groupes indépendants répartis sur l'ensemble du globe. Ainsi, les "rainbow-warriors" sont en principe sédentaires mais ils se retrouvent souvent obligés de changer d'emplacements contraints par la société, ce qui ne les empêche en rien de continuer leur modèle utopique, alors que les Aurovilliens développent leurs idées utopiques dans la cité d'Auroville composée de bâtiments à la taille si imposante qu'il leur est impossible de se déplacer, l'hypothèse d'un mode de vie nomade ne rentre donc même pas en compte dans leur raisonnement. Ainsi, on peut dire qu'Auroville posséde une ampleur plus importante mais au sein d'un même pays, alors que la Rainbow Family est présente partout dans le monde.
  Par conséquent, il va de soit que leur impact se manifeste différemment. Auroville possède l'appuie de l'UNESCO (organisme d'envergure mondial) avant même la concrétisation du projet ce qui lui donne déjà une importance à portée internationale. Effectivement, les Aurovilliens viennent de 121 pays différents, les Français et les Indiens étant les nationalités majoritaires. Cependant, cet impact est divisé entre les touristes, qui considèrent la cité comme une simple attraction à visiter et d'autres individus, plus réfléchis et plus impliqués, qui s'intéressent réellement au mode de fonctionnement d'Auroville et à la possibilité d'un mode de vie alternatif. Le rêve Aurovillien est également sujet à divers débats sur sa réussite et  son véritable impact sur les populations. Ces débats prouvent déjà qu'elle est présente dans l'esprit des hommes et que l'hypothèse d'un nouveau mode de vie n'est pas à exclure dans notre société. L'impact de la Rainbow family est assez partagé. On retrouve en effet une grande attraction de la part des nouvelles générations qui s'enthousiasme devant ce modèle anti-capitaliste, anti-matérialiste et anti-conformiste que propose la communauté rainbow. De plus, les idées larges à la fois pacifiques et engagées permettent à de nombreuses personnes de se reconnaître dans cette utopie. En revanche, les autres sociétés ont tendance à tourner en dérision cette communauté en caricaturant le mouvement hippie des années 1960, départ de la création de la Rainbow family.

  Les différentes communautés utopiques, qui, à nos jours, fonctionnent, tentent de s'éloigner le plus possible du modèle sociétaire actuel. Et, pourquoi pas d'inspirer les Hommes à suivre un tout autre mode de vie, plus libre avec des relations plus humaines. Ces communautés ont encore une trop faible ampleur pour avoir un impact véritablement mondial, mais cela pourrait encore progresser, dans la continuité de notre société et des mentalités humaines qui ne cessent d'évoluer.

lundi 6 février 2012

Représentation cinématographique

Introduction : L'idée utopique a été aussi bien représentée dans la littérature que dans le cinéma. En effet, le thème de l'utopie se manifeste de manière tout aussi diversifiée dans le 7ème art que dans la littérature. Le cinéma laisse libre cours au genre fantastique, dans lequel tout est possible. Ainsi deux des films que nous étudierons, La Belle Verte et Le Château dans le ciel, voient leur action se centrer autour d'un univers fictif, tandis L'An 01 est filmé comme un documentaire. Nous étudierons les différents aspects que peuvent prendre l'utopie dans le cadre du cinéma à travers ces trois exemples, en approfondissant particulièrement sur L'An 01 dont le sujet est la communauté utopique elle-même.

L'An 01, de Jacques Doillon, Gébé, Alain Resnais et Jean Rouch, en 1973
"On arrête tout et on réfléchit!"

L'An 01 a été réalisé à une époque particulière, pendant laquelle les gens rêvaient de changer le monde. Quelques années après mai 68, les idées libertaires sont toujours d'actualités. Ce film d'auteur a choisit de traiter l'idée utopique à travers une optique naturaliste. Et c'est pourquoi il appartient au genre docu-fiction.

Dans ce film, la population a décidé de tout arrêter et de réfléchir. Ils ne sont pas satisfaits de la société de consommation, de leur quotidien dicté par des heures convenues, du caractère futile de leur travail et celui des problèmes matériels. Après de multiples conversations, le message d'une nouvelle ère est transmis, et une décision collective est mise en place : l'An 01 débutera un certain mardi à 15h. Certains ne prennent pas cela au sérieux, d'autres ne comprennent pas que cela va vraiment arriver, des publicitaires essayent de récupérer l'événement ; il y a une effervescence de toutes parts mais à l'heure programmée le passage à l'An 01 se déroule comme prévu.
La première scène du film présente un changement d'habitude, une personne ne monte pas dans le train qu'il prend depuis douze ans à la même heure et choisit de parler avec un inconnu.
Des émissions pirates sont diffusées quelques temps avant le passage à l'An 01 afin de promouvoir l'idée révolutionnaire. Nous relèverons au passage la mise en abyme réalisée : un film utopique dans un film utopique. Extrait :
"On nous dit : Le bonheur c'est le progrès faites un pas en avant. Et c'est le progrès... mais ce n'est jamais le bonheur. Alors si on faisait un pas de côté! Si on essayait autre chose! Si on faisait un pas de côté, on verrait ce qu'on ne voit jamais. Si on faisait un pas de côté :
- Les queues ne tomberaient plus en face des guichets, 
- Les coups de fusils tomberaient à côté des soldats,
- Au lieu de sonner chez soi on sonnerait chez le voisin,
- Et pour danser ça ne gêne pas, il suffit de faire ensemble le même pas de côté."
Des hommes prennent conscience de l'aliénation du système et veulent le fuir en se rapprochant de la nature : ils ont constaté que l'argent que leur avait rapporté leur travail à l'usine leur avait servi à se procurer de biens matériels. Ils ont pris conscience de l'absurdité de la consommation frénétique. Une fois ces biens acquis, pourquoi s'en procurer de nouveaux ?
L'Etat essaye de s'organiser pour étouffer la révolte mais sans succès. La propagande réactionnaire n'a plus aucune portée et les hommes politiques sont considérés comme "provisoires".
A partir du fameux passage à l'An 01, le travail de bureau n'existe plus, les fabricants de pâtes en ont produit assez pour plusieurs mois, l'argent ne circule plus et toutes les acquisitions de choses nécessaires s'opèrent par troc. Les gens décident de parler aux inconnus qu'ils croisent dans la rue, d'échanger leur carte d'identité entre eux parce qu'ils en ont marre de porter toujours le même nom. Ils cultivent des légumes sur les trottoirs creusés et marchent sur la route, la voiture n'existant plus, le vélo est leur moyen de transport écologique. Ils s'amusent du ridicule de leur ancienne situation en riant pensant à combien leurs anciennes habitudes paraissent insensées : certains font semblant de devoir se réveiller avec un réveil et restent au lit, d'autres jouent à travailler en essayant de rester sérieux le plus longtemps possible. Les seules préoccupations qui leur restent sont de se nourrir et de devenir intelligent.
La propriété privée est délibérément abolie, ce qui est symbolisé par une pluie de clefs lancées depuis toutes les fenêtres. Ainsi, d'après leur logique, il n'y a plus de voleurs et tous les prisonniers sont libérés. On verra ensuite des personnes qui ne se connaissent absolument pas cohabiter sans se poser de questions.
Aux États-Unis, on voit le marché de la bourse s'effondrer dans les bureaux vides. La nouvelle du nouveau mode de vie européen s'est transmise dans les journaux américains, comme en Afrique par télégramme, et l'enthousiasme des individus apprenant la véracité de la nouvelle semble les inspirer pour leur pays. Une portée mondiale est donc prévue.
Les magasins sont transformés en musées, on y trouve des caddies comme des aspirateurs. Encore une fois, l'ancienne situation est présentée comme ironique : il y a par exemple une démonstration pour remettre les gens dans le contexte du métro et leur montrer combien on était serré aux heures de pointe.
De nouvelles expériences ont lieu, la plupart sans aboutissement mais l'aboutissement n'est pas l'intérêt ; ainsi le désir sexuel est considéré comme une énergie potentielle, quatre personnes s'allongent alors nus en se tenant par la main et essayent de transformer leur énergie. L'intérêt est de montrer une nouvelle vision des choses, la présence de nouvelles idées dans les esprits, le renouvellement des comportements.
Enfin, il existe des groupes d'opposants qui tiennent des réunions secrètes, ils sont filmés sans le savoir et leurs réunions sont diffusées à la télévision et la population rit de leur ignorance.

pour l'an 01 : On peut se demander si ce n'est que fiction ou si le genre documentaire permet de refléter une certaine réalité. Il est difficile de concevoir la mise en place de cette nouvelle ère de nos jours. Imaginez-vous 98 % des Français lancer leurs clefs par la fenêtre et accueillir comme si de rien n'était de parfaits inconnus ? Les personnes qui s'apparenteraient aux opposants du film seraient probablement majoritaires aujourd'hui, les politiques n'autoriseraient pas une telle action, les gens ont peur du changement etc. 


Le Château dans le ciel, de Hayao Miyazaki, 1986 (sorti en France en 2003)

L'île utopique présente dans ce film est inspirée d'une île rencontrée dans Les Voyages de Gulliver, roman utopique et satirique écrit par Jonathan Swift. On remarque un croisement entre ces deux traitements de fiction. Voici le début de la description qu'il fait de l'île de Laputa (chap III de la troisième partie « Voyage à Laputa, aux Balnibares, à Luggnagg, à Gloubbdoubdrie et au Japon ») : « L’île volante est parfaitement ronde ; son diamètre est de sept mille huit cent trente-sept demi-toises, c’est-à-dire d’environ quatre mille pas, et par conséquent contient à peu près dix mille acres. Le fond de cette île ou la surface de dessous, telle qu’elle parait à ceux qui la regardent d’en bas, est comme un large diamant, poli et taillé régulièrement, qui réfléchit la lumière à quatre cents pas. Il y a au-dessus plusieurs minéraux, situés selon le rang ordinaire des mines, et pardessus est un terrain fertile de dix ou douze pieds de profondeur. (...)»

Le Château dans le ciel est un dessin animé japonais. La présence d'un monde utopique dans une œuvre destinée à des enfants est signifiante ; ils ont encore l'innocence et la pureté de l'enfance pour y croire, et leur inculquera (de manière positive) des idées utopiques ou du moins pacifiques. Le caractère imaginaire de ce film n'est pas à négliger dans le traitement de l'utopie. Le monde utopique est une île volante, issue des Voyages de Gulliver écrit par Jonathan Swift en 1720.
Sheeta descendante de la famille royale de Laputa et orpheline, s'est faite enlever par Muska un homme puissant du gouvernement. Quand on la découvre, elle se trouve dans un dirigeable, et des pirates sont également à sa poursuite. Muska comme les pirates s'en prennent à la jeune fille pour la même chose : la pierre bleue que Sheeta garde précieusement autour de son cou. Essayant de s'échapper, elle tombe dans le vide et elle est sauvée par un jeune homme de son âge Pazu, dont le père à porté une obsession particulière à l'île de Laputa jusqu'à sa mort. C'est au moment où Sheeta tombe qu'elle découvre la puissance magique de la pierre, qui la fait atterrir en douceur. Tous deux ont donc un lien avec cette île qui semble plus tirée d'une légende que de la réalité, et ils vont se lancer dans une recherche effrénée de Laputa avec le dessein de découvrir la preuve de son existence, tout en se faisant poursuivre par les hommes du gouvernement et les militaires. La pierre relie la jeune fille au pays flottant dans le ciel, et l'imaginaire est introduit avec celle-ci ; en plus de lui permettre de voler, elle lui indique la direction qu'il faut prendre pour s'y rendre, et elle est composé du cristal qui permet la lévitation de l'île dans le ciel. Ils y parviennent finalement, et la violence de ceux qui les poursuivaient fait que leur séjour sur l'île ne dure pas longtemps. Seuls des sortes de robots qui organisent le bon fonctionnement de l'île demeurent dans le château volant.
L'introduction d'une île utopique dans ce film permet également de critiquer les hommes :
- leur avidité du pouvoir qui explique le fait que les humains ne vivent plus sur l'île, ils sont devenus tellement irréfléchis et matérialistes qu'ils ne sont plus aptes à vivre une utopie. Créée par les Laputiens à une époque trouble de leur histoire, l'île flottante a d'abord été un moyen pour ses citoyens d'échapper aux conflits qui sévissaient à la surface de la terre. Dotant la cité d'un incroyable arsenal de guerre, les Laputiens sont devenus les maîtres du monde. Rien n'aurait pu remettre en cause la toute-puissance et la domination du royaume mais les Laputiens ont progressivement abandonné l'île, pour revenir sur terre. Cela montre que cette recherche de pouvoir ne peut perdurer.
- la destruction de la nature par leurs armes et par leur mode d'actions basés sur l'inconséquence est largement représentée. Par exemple Muska, le personnage qui représente le "méchant", dit très naturellement lorsque son passage est obstrué par des racines alors qu'il n'a pas mis le pied sur l'île depuis des années "aucune importance, je ferai tout brûler"

http://www.buta-connection.net/films/laputa_analyse3.php



La Belle Verte, de Coline Serreau, 1996

La Belle Verte s'appuie également sur l'imaginaire, et cela lui permet de créer un monde idéal. Sur une planète complètement imaginaire, des habitants vivent des récoltes du jour dans une joie et une convivialité enviables. Cependant, ils font parfois quelques expéditions sur les planètes alentour pour s'informer de leur évolution. Curieusement, cela fait très longtemps que plus personne n'a voulu aller sur Terre, mais une femme se désigne pour comprendre ses ancêtres. Elle se téléporte et arrive à Paris, et cela permet de comparer cette planète idéale à la vie en France à travers l'incompréhension d'une personne qui n'aurait pas été habituée à la ville et à la société d'aujourd'hui qui comprend argent et pollution.  
On peut en effet parler d'utopie pour sa planète d'origine. Ce monde marche tout d'abord sans monnaie sous quelque forme, et donc sans profit. Les habitants y vivent d'une alimentation biologique et végétarienne, en se partageant toutes les récoltes du jour, de la même façon qu'ils se partagent les savoirs. Il est évident qu'ainsi il n'y a aucune pollution.  Pour développer les capacités de leur cerveaux, ils pratiquent le sport cérébral, et du sport physique également afin d'entretenir les possibilités  physiques et intellectuelles, et ils font cela dans un esprit joyeux, sans compétitions ni obligation. L’énergie de ces habitants se trouvent dans la tendresse des nouveaux-nés qu'ils serrent dans leurs bras, ce qui berce le bébé épanoui lui-aussi. Il est le symbole de la pureté, ils trouvent donc leur nouvelle énergie dans la pureté. Il n'y a pas de maisons ni aucune propriété pour quoi que ce soit (à part les liens familiaux, les enfants restent ceux de leurs parents bien qu'ils vivent tous ensemble), même si cela implique l'importance d'un climat clément. Ils dorment ainsi dans l'herbe. On ne trouve pas non plus les artifices vestimentaires et décoratifs comme le maquillage pour les femmes qui n'existe pas (et n'a pas lieu d'exister). On ne trouve pas non plus d'objet inutiles, ce n'est donc aucunement une communauté matérialiste. Enfin les habitants de cette petite planète communiquent avec la femme qui est allée sur Terre en mettant les pieds dans l'eau, cet élément naturel, symbolique lui aussi, remplace le téléphone. C'est donc un rêve


Conclusion : La variation des genres de ces films utopiques permettent chacun une approche différente du sujet. L'An 01 est un film d'auteur qui a été réalisé sous forme documentaire, forme qui a pour dessein d'appuyer une impression réaliste. Le Château dans le ciel, dessin animé dans le genre merveilleux est cette fois destinée aux enfants et prend le parti d'être entièrement imaginaire. Quant à La Belle verte, c'est un  film fantastique voire de science-fiction, ce qui permet de placer l'utopie dans un contexte complètement surréaliste opposé à la réalité triviale critiquée de la Terre. Ces trois traitements sont variés mais convergent vers un même point : l'utopie. 

L'echec des Utopies

III.

A. L'Echec des Utopies


Dans les utopies précédemment étudiées, certaines d'entre elles n'ont pu subsister avec le temps pour diverses raisons, tandis que d'autres semblent continuer à fonctionner, plus ou moins en accord avec leurs principes de départs. Aujourd'hui de ces utopies disparues, il ne reste pratiquement rien, sinon le souvenir d'une gloire passée, mais peut-on réellement parler d'échec pour ses utopies ayant franchis le pas de la concrétisation ? A l'inverse, peut-on considérer qu'une utopie fonctionnelle soit forcément une véritable réussite ?


Certaines des utopies étudiées ne parvinrent pas à subsister jusqu'à aujourd'hui. C'est le cas notamment de la communauté d'Icarie, dont la réalisation ne dura pas même dix ans. Fondée officiellement en 1847, elle fut dissoute en 1856 à la suite de la séparation des icariens. La communauté semble pourtant prospérer, jusqu'en 1856, mais lors des nouvelles élections, où les idées fondatrices de Cabet sont jugées trop liberticides, et il est lui même considéré comme un tyran. La communauté se sépare alors en deux, les opposants d'Etienne Cabet, désireux d'élire un nouveau chef et ceux qui le soutiennent.  Après cet événement catastrophique, la société se sépare totalement et se forment plusieurs groupes, tous se revendiquant icariens, et tentant par de nouveaux principes moins stricts de reformer une communauté a l'image de leur propre utopie. Quelque unes semblent subsister, jusqu'à la mort d'Etienne Cabet, le 9 novembre 1856, où toutes les utopies s'écroulent. Les derniers icariens soutenant les idéologies de Cabet vont alors demander la dissolution officielle d'Icarie à la cour de Carthage ( Illinois), marquant la fin de ce rêve utopiste qu'était Icarie. Cabet avait été battu, Icarie avait vécu. En effet, les principes communistes et égalitaires qui formaient la base de la communauté icarienne se révèlent bien trop stricts pour la plupart des icariens, et la prospérité alors présente dans le roman Voyage en Icarie, ne pouvait être complète, que lorsque que la cité serait entièrement battis et organisée. Etienne Cabet, n'en tenant pas compte, voulu appliquer ses principes dès le commencement de son utopie, obligeant les nouveaux icariens à se plier à des règles nouvelles qu'ils ne purent respecter devant la situation délicate et difficile de la construction de la communauté. Cette fin précoce, fut donc causé par les désirs et le projet d'Etienne Cabet, qui voulu appliquer le même concept que la cité de fiction de Voyage en Icarie, à une cité à peine construite et expérimentale, sans tenir compte des contraintes de la réalité, dont le désir de particularisme des icariens, et leur nature imparfaite ne pouvait effacer les sentiments tel que la jalousie ou l'égoïsme, principes totalement abolis au coeur de l'icarie de fiction. Aujourd'hui, de cette ancienne communauté icarienne, il ne reste que de vagues souvenirs des différentes communautés utopiques, se revendiquant d'Icarie, qui disparurent toutes à l'aube du XXème siècle. Les terres occupés par les icariens ont aujourd'hui été remplacé par des villes ou autre terrains privés. Il ne reste, de cette utopie, que l'ouvrage fondateur, Voyage en Icarie, les récits de ces icariens volontaires qu'ils firent à leurs familles restés en France, et les souvenirs d'une utopie chimérique. 
  C'est également le cas du Familistère de Guise, pour des raisons différentes cependant. En effet, celui-ci subsista bien plus longtemps que la communauté d'Icarie, peut être puisqu'il ne se fondait pas sur une oeuvre de fiction mais bel et bien sur la théorie d'un humaniste. Ce Familistère et son usine fonctionnèrent pendant presque cent ans, jusqu'à ce que les réformes de 1968 modifient le fonctionnement de cette communauté utopique et la conduisent à sa perte. L'esprit coopératif entre les ouvriers, déjà fragilisé par le temps, se dissout totalement lorsque l'usine tombe dans la sphère capitaliste, creusent un trop grand fossé entre les différents classes d'ouvriers y travaillant et y vivant. Ces réformes sociales obligent la fermeture du complexe du familistère, et l'usine est racheté par le groupe industriel "Le Creuset". Les différentes habitations sont peu à peu vendu à la collectivité locale et l'utopie du Familistère s'effondre. Ne subsiste de cette formidable utopie ouvrière que le site. Quelque bâtiments du complexe du Familistère de Guise ont été classés monuments historiques en 1991 et peuvent aujourd'hui être visités, ainsi que la marque de poêle Godin que quelque salariés continuent de faire vivre. l'usine continue aujourd'hui de fonctionner, mais elle a été reprise depuis, par une autre entreprise industrielle. La fin du Familistère de Guise fut causé par ces réformes de 1968 qui réorganisèrent totalement le monde du travail industriel, mais cette perte se faisait déjà pressentir: en effet, depuis sa création, le Familistère de Guise, considéré comme utopie à part entière, était sensé regrouper le rêve du bonheur ouvrier; une fois mis en place, plus personne n'aspirait à un autre idéale. Mais en un siècle, les temps et les moeurs changent, mais le Familistère de Guise, lui, ne connut aucune évolution sur sa manière de fonctionner ni sur ses habitudes, ce qui, à l'heure des reformes sociales, aboutis à bouleversé l'équilibre, déjà fragile, que cette communauté utopique avait réussis à conserver malgré le temps.
  Les deux autres communautés utopiques étudiées, quant à elles, subsistent encore de nos jours, mais furent créer plus tard, ce qui explique peut être leur continuité. Auroville continue de fonctionner, depuis sa création en 1968, mais cependant n'a pas atteint la proportion qu'elle voulait atteindre au départ. En effet, ses membres se compte à ce jour à quelque 2000 personnes, alors qu'au départ, elle était sensé accueillir environ 50 000 aurovilliens. De plus, cette communauté, à la base, utopique, est  affranchis du concept de séparation de toute société extérieure par certains aspects ; en effet, Auroville entretient d'étroits liens avec la société indienne, ainsi que l'exportation des produits conçus à Auroville. Et même si son aspiration est la recherche de soit dans une toute autre conception du monde, affranchie des anciens modèles qui circulent dans la société, l'Etat indien finance encore certaines parties de cette communauté qui ne peut fonctionner sans son aide financière. De plus, de nombreux principes, décidés au départ ne purent être respecter, notamment le principe de l'éducation. Auroville n'était pas sencé avoir une véritable école, mais permettre aux enfants de s'épanouirent et d'apprendre dans la communauté tout au long de leur vie. Cependant, après quelques années, certains enfants nées dans la communauté voulurent intégrés des écoles en dehors d'Auroville, et la création d'une véritable école, sur le modèle actuel, fut décidé, pour former ces jeunes enfants au modèle de la société extérieur et leur permettre d'avoir la possibilité d'évoluer dans un cadre encore inconnu et bien différent de cette communauté d'échange et d'harmonie perpétuelle. De plus, la communauté d'Auroville, attire, malgré elle, un grand nombre de touristes, plus désireux de visiter et découvrir le mode de fonctionnement et de vie de la communauté sans participer au développement de celle-ci, plutôt que la recherche de son être intérieur, et de l'existence humaine. Si bien que des habitations prévus à leurs effets furent crées puisque toute personne désireuse d'intégrée ou de visiter la cité d'Auroville est autorisée. Cet afflux de touristes obligea d'ailleurs le gouvernement d'Auroville a revoir le statut des nouveaux habitants. A l'origine, toute personne désirant rejoindre la communauté était accepter, peu importe sa religion, son origine, son mode de vie ou ses richesses, mais désormais le statut d'aurovillien réel n'est accordés qu'à partir d'un certain temps d'acclimatation dans la cité. Ces changements et ces compromis ont sûrement permis à Auroville de s'adapter à la société actuelle et ainsi donc, à continuer d'exister, contrairement à la communauté icarienne par exemple, qui elle, n'a tenue aucun compte de la réalité environnante. et qui causa sa perte.
  L'utopie de Rainbow Family, créer quant à elle, dans les années 1960, n'a pas la proportion ni l'importance d'Auroville, mais cela ne l'empêche pas de fonctionner et, son échelle réduite à peut être même contribuer à sa continuité. La Rainbow Family est composée de plusieurs petit groupes répartis sur l'ensemble de la planète (Etat-Unis, Suisse, Canada...) qui ne se réunissent qu'à l'occasion des "Rainbow Gatherings". En effet, depuis sa création, la communauté semble fonctionner sur les principes simples énoncés dés l'origine, et continue, bien des années après, à fonctionner sur le même modèle. La Rainbow Family, dispersé en petit groupe totalement auto-géré, n'entretient aucun lien avec la société et cela lui permet donc de se tenir éloignée des problèmes qu'elle pourrait engendré et ne l'oblige en rien, à accommoder ses principes. Ainsi, ses membres vivent depuis toujours en harmonie complète avec la nature et ne font usage de l'argent et des produits de notre société qu'en cas des grands rassemblement des "Rainbow Gatherings", et qui cette fois, rejoint Auroville, ne serait-ce que dans sa proportion et son mode de fonctionnement. Cependant, ses échanges sont très limités et organisés pour éviter toute influence du monde sur l'organisation de la communauté, qui semble très bien fonctionner, sur les mêmes idéologies de partage et d'échange depuis le commencement. 


Mais alors, peut-on réellement parler "d'échec" dans le cas de ces communautés ? Malgré le fait que certaines d'entre elles, comme Icarie ou le Familistère de Guise, est vu leur aboutissement, le simple fait d'avoir exister, d'être passé du simple rêve utopique, à une réalité concrète et fonctionnelle pendant un certain nombre d'années, leur procure une certaines réussite. Nombre d'utopie ne sont restés chimères que par manque de moyens, d'adeptes ou simplement de conviction, rare sont les rêves devenus réalité, sans tendre vers la dystopie. Ces utopies donc, ne peuvent véritablement être considérée comme un total échec, bien que la réalité les aient contraint à l'échec ou à leur disparition. 
A l'inverse, peut parler d'une réussite, lorsque la communauté perdure mais s'est éloignée des principes qu'elle s'était fixée à sa création? C'est le cas d'Auroville, qui, malgré son existence qui semble vouloir perdurer, à été forcé à faire des compromis pour que la cité continue de fonctionner et reste en harmonie avec le monde alentour. Cette communauté, centrée alors sur la méditation et une toute autre perception de la vie pour tout ceux qui désireraient s'épanouir, devient peu à peu un lieu attractif pour toute personne curieuse de découvrir son fonctionnement et parfois ses failles. Prévus à très grande échelle, elle ne regroupe cependant qu'une grande minorité que ce qui était prévu au départ, et dépend plus ou moins de l'Etat indien, qui la soutient et la protège sur son sol. Seule Rainbow Family semble fonctionner comme à son premier jour, sur la même idéologie et la même harmonie initiale. Peut être justement, par sa petite envergure ou encore parce qu'elle à d'ors et déjà coupé tout lien avec notre société, jusqu'à l'abolition de la monnaie fiduciaire. Depuis des années, cette communauté formée de plusieurs petits groupes, vie et se développe en parfait harmonie, accueillant, à bras ouverts, tout nouvel adepte sans que cela ne pose aucun problème, et respectant les règles de vie fixée lors de sa création. Les seuls débordements possible restant durant les "Rainbow Gatherings", seul moment ou la Rainbow Family s'unis avec la société actuelle, et ils sont eux-mêmes extrêmement bien organisés, et n'oblige en rien la communauté à faire usage de compromis. On pourrait alors se demander si la réussite d'une utopie n'est pas de rester dans une petite envergure de sorte que tout liens avec la société soit coupés sans avoir recours à une aide quelconque de l'extérieur, ou si, au contraire, celle-ci doit s'étendre à toute la population, de sorte que tous adoptent l'idéologie prônée, sans pour autant sombrer dans un régime totalitaire. Seule quelques utopies concrètes semblent avoir réussis à faire la part des choses, et c'est cela qui les maintient encore en vie de nos jours, dans un équilibre maîtrisé entre le rêve et la réalité. 


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